Il existe tellement de versions différentes de la Bible, de nos jours. Laquelle est la meilleure ?

La traduction de la Bible en français moderne remonte à plus de 500 ans. Quelques-uns des noms des plus importants rattachés à ce travail de pionniers sont Jacques Lefèvre d’Étaples, traduction terminée à Maux, en France, en 1534, et Pierre Robert dit Olivétan, dont la traduction publiée à Genève, en Suisse, en 1560, renferme une préface de son cousin Jean Calvin. Cependant, des tentatives de traduction de la Bible en vieux français nous ramènent au 13e siècle (avec, notamment, Jean Le Bon) et au 14e siècle (avec Raoul de Presles). Il existe maintenant tant de versions françaises différentes qu’il est difficile d’en connaître le nombre exact, mais il y en a certainement plusieurs dizaines. Cette abondance pourrait nous mettre dans l’embarras, nous les francophones, puisqu’au moins 3 000 langues parlées dans le monde n’ont même pas une seule traduction de la Bible.

Ayant autant de versions françaises de la Bible aujourd’hui, il serait très difficile, voire impossible, pour quiconque d’en faire une analyse approfondie et d’évaluer toutes ces traductions. En pratique cependant, le nombre de versions françaises en grande circulation est assez réduit. Une douzaine de versions constituent la grande majorité des ventes de Bibles en français, aujourd’hui. C’est un nombre beaucoup plus pratique et, pourtant, il est encore très difficile de donner une réponse claire et définitive à la question : quelle version est la meilleure ?

Aucune version n’est parfaite ni même la meilleure pour tout le monde.

Chaque version suit une philosophie de traduction particulière et on ne s’entend pas quant à la meilleure méthode, que ce soit pour la traduction de la Bible ou de quelque autre œuvre littéraire. Les personnes parlant français sont nombreuses et habitent des milieux très diversifiés. Il n’y a pas non plus qu’une seule langue française, mais plusieurs variantes. Les traducteurs de la Bible doivent choisir quelles variantes de la langue ils veulent représenter. Il y a aussi la question de l’usage du français, lequel change rapidement. La langue française communément utilisée de nos jours est bien différente de la langue du temps de Molière, par exemple. Les traducteurs de la Bible doivent constamment remettre à jour les versions françaises pour les faire correspondre à la langue que les gens parlent et comprennent. Les traducteurs doivent aussi tenir compte des données démographiques et des niveaux de lecture, au sein de la population. Les enfants lisent généralement à des niveaux fort différents et utilisent la langue bien différemment que ne le font les professeurs d’université. On doit tenir compte de ces facteurs dans la traduction. Et ce ne sont là que quelques-uns des critères auxquels les traducteurs doivent songer, et la façon dont ils choisissent de concentrer leur travail influe sur leur traduction.

Alors, quelle version est la meilleure ?

On pourrait trouver de bons arguments pour chaque version, parmi la douzaine qui sont couramment utilisées aujourd’hui. J’aime comparer la Bible à une pierre précieuse. On taille des facettes sur un diamant pour en faire ressortir l’éclat et la luminosité. J’ai lu qu’un diamant rond, brillant et moderne compte 58 facettes. J’aime comparer la diversité des versions de la Bible aux diverses facettes qui font scintiller un diamant. Ayant passé ma vie dans le domaine de la traduction biblique, je sais qu’il est souvent impossible de trouver une façon unique de reproduire la richesse et la diversité du message d’un texte hébreu ou grec de la Bible. Pour ma propre étude et mes méditations, j’aime lire diverses versions, chacune d’elles aidant à faire ressortir le message et son éclat.

Voilà des commentaires généraux qu’on pourrait formuler sur le choix d’une version. Les gens qui veulent étudier sérieusement la Bible, mais qui ne peuvent pas lire les textes originaux en hébreu et en grec, pourraient utiliser une version offrant un style de traduction plutôt littéral ou soutenu. Des versions telles que la Bible de la Pléiade, la Traduction œcuménique de la Bible (TOB), la Bible de Jérusalem et la Nouvelle Bible de Jérusalem constitueraient alors d’excellents choix. La Bible Chouraqui est une version très littérale et même la vénérable version Louis Segond peut être un bon choix pour les études bibliques en groupe, si les gens sont à l’aise avec les anciennes formes du français.

À l’autre bout du spectre, il y a des versions qui sont fort utiles pour la méditation ou pour aider à mieux comprendre la trame générale de l’histoire biblique. La Bible en français courant, la Bible Parole de Vie et la Bible Expliquée en seraient des exemples. Même une version paraphrasée comme la Bible, nouvelle traduction (Bayard) peut nous ouvrir les yeux sur le texte, de façon à en éclaircir le message et à le faire briller.

Une autre façon courante d’utiliser la Bible aujourd’hui est dans le culte et la prédication. On a alors tendance à préférer une version se situant quelque part entre la plus littérale et la plus vivante, une version qui est quelque peu soutenue tout en se lisant très bien. La TOB, la Bible Segond révisée (dite la Colombe) ou encore la Bible liturgique constituent alors de bons choix.

La meilleure version de la Bible, c’est celle qu’on utilise et qu’on lit vraiment.

En fin de compte, si j’avais à répondre à la question en une seule phrase, je dirais que la meilleure version de la Bible est celle qu’on utilise et qu’on lit véritablement. Comme un prêtre de paroisse le faisait remarquer lors d’une cérémonie de consécration de Bibles à laquelle j’ai assisté, aux Philippines : « Si vous la laissez sur les tablettes, les rats vont la manger et s’engraisser, mais si vous l’ouvrez et la lisez, elle va transformer votre vie. »

Enfin, il y a bien sûr des gens qui ne liront jamais aucune des nombreuses versions écrites disponibles. Pour eux, vous et moi pourrions être la seule Bible qu’ils verront. Comme Paul l’a écrit en II Corinthiens 3,2 : « Notre lettre, c’est vous, lettre écrite dans nos cœurs, connue et lue par tous les hommes » (TOB). Puisse notre vie refléter si clairement le message de l’amour de Dieu, que nous lisons dans les Saintes Écritures, que la vie des gens que nous croisons chaque jour soit transformée par le message qu’ils lisent en nous.

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Hart Wiens

À propos de l'auteur : 

Harmut Wiens a été directeur de la traduction biblique chez la Société biblique canadienne.