L’importance d’avoir la Bible dans sa langue maternelle

J’ai grandi en compagnie de ma grand-mère, dans un petit village appelé Bégoro, dans l’est du Ghana. Grand-maman n’avait pas reçu de formation scolaire et n’a jamais parlé anglais, mais elle parlait et lisait très couramment le twi (ma langue maternelle). Descendante d’une lignée de gens qui faisaient et défaisaient des rois, grand-maman avait eu le privilège d’apprendre à lire et à écrire le twi, à l’école du soir organisée par la mission Basel, de l’Église presbytérienne. Elle avait une Bible en twi (akuapem-twi), qu’elle me lisait religieusement à l’aube et au coucher. Elle a chéri cette Bible jusqu’à son décès, il y a quelques années. Je n’ai malheureusement jamais appris à lire la Bible en twi, tout au long de mes années de formation scolaire. Je le regrette vivement. Tout ce que j’ai lu, c’est la Bible anglaise en version King James. Sautons jusqu’en 2017. Travaillant maintenant au Service de la traduction biblique de la Société biblique canadienne (SBC), j’en suis venu à comprendre l’importance d’avoir la Bible dans sa langue maternelle. Aujourd’hui, chaque fois que j’entends lire la Bible dans la langue de mon cœur, cela me transporte dans un monde qu’il est très difficile à expliquer simplement.

An Inuit translator receives her copy of the Bible in her language.
Edith Nageak tenant son édition commémorative du Nouveau Testament en inupiaq. Son équipe est en train de traduire toute la Bible en cette langue.

La langue du cœur ou langue maternelle désigne simplement la langue qu’une personne a apprise à parler durant son enfance et dans laquelle elle pense et rêve, en grandissant. J’ai eu le privilège, en janvier dernier, d’assister à une scène émouvante lors du congrès sur la traduction biblique en langues inuites qu’avait organisé la SBC, à Toronto. Ce congrès a réuni pour la première fois des traducteurs et traductrices bibliques inuits de tous les coins de l’Arctique, depuis l’Alaska jusqu’au Groenland. Ces gens sont venus apprendre et échanger leurs expériences de traduction de la Bible dans la langue de leur cœur. J’ai alors entendu une expression émouvante de la part d’un des participants, qui racontait les commentaires d’un récipiendaire enthousiasmé d’une Bible en inuktitut : « Dieu parle ma langue ! », de s’exclamer cette personne. C’est impressionnant d’entendre lire la Parole de Dieu dans sa langue maternelle. Cela non seulement personnalise la relation avec Dieu, mais symbolise le principe chrétien voulant que Dieu nous aime tous, peu importe notre race, nos antécédents culturels et notre classe sociale. Cela rend Jésus vrai dans une langue que nous pouvons comprendre, sentir et partager avec une communauté. Cela donne également aux gens l’occasion d’apprendre à lire la Parole dans leur propre langue.

Translators on their laptops
George Pabi aide des traductrices inuites lors du premier congrès sur la traduction biblique en langues inuites, à Toronto.

Comme pour la plupart des cultures autochtones qui se transmettent oralement, le fait d’avoir la Bible dans sa langue maternelle aide à préserver la langue et la culture. Dans mes récents déplacements, j’ai rencontré un groupe de traductrices et traducteurs bibliques passionnés qui, après avoir tenu un examen communautaire d’un des livres de l’Ancien Testament, ont été inondés de demandes à savoir quand leur travail serait terminé. Ce qui m’a surtout touché, c’est le témoignage d’une dame âgée qui demande sans cesse quand le travail sera terminé. Elle attend avec impatience de lire et d’entendre la Parole de Dieu dans sa langue maternelle. Le dernier jour de notre séance de formation, les traducteurs et traductrices ont exprimé leurs difficultés et leurs frustrations. Ils ont mentionné des problèmes comme les suivants : devoir trouver des termes pour décrire des choses qui figurent dans la Bible, mais qui n’existent pas dans leur culture ; composer avec des mots aux sens multiples ; trouver des termes acceptables auxquels leur communauté peut s’identifier ; comprendre le contexte culturel des Saintes Écritures, pour traduire ces dernières avec exactitude et pour que les membres de leur peuple puissent comprendre, etc.

Ces défis donnent à la SBC une occasion d’offrir à ces gens de la formation et des services d’experts-conseils en traduction, pour les aider à surmonter certaines des difficultés courantes qui sont inhérentes à la traduction biblique. Pour résoudre certaines de ces difficultés, la SBC aide ces gens : à comprendre leur rôle clé dans tout le processus de traduction ; à expliquer ou à interpréter de façon critique un texte ; à comprendre le sens de la langue ancienne du texte biblique ; à concevoir un plan structuré et organisé quant à l’achèvement de leurs traductions ; à recueillir le financement dont ils auront besoin pour gérer l’initiative jusqu’au bout.

Nous vivons une époque stimulante, au Canada, alors que notre nation commence à rectifier des décennies de mauvais agissements perpétrés contre nos peuples autochtones, sur lesquels la plus grande partie de notre travail se concentre. Ces moments-ci nous donnent l’occasion d’interagir avec des collectivités qui ont hâte de revitaliser leur langue, de préserver leurs antécédents linguistiques et leur culture et qui espèrent avoir bientôt la Bible dans leur propre langue. J’ai hâte de jouer un rôle dans ce processus essentiel.

Author Photo: 

George Pabi

À propos de l'auteur : 

George Pabi coordonnateur de la composition et de la publication assistée par ordinateur (PAO) chez la Société biblique canadienne. Il possède des antécédents variés en graphisme, en impression, en publication, en production de revues et en marketing ; il participe à l’industrie des arts graphiques depuis près de 30 ans. Depuis son arrivée chez la SBC, George : est coordonnateur technique principal de toutes les initiatives de composition de la SBC ; forme et soutient de nouveaux utilisateurs du logiciel Paratext ; joue le rôle d’administrateur de la Bibliothèque biblique numérique de la SBC ; représente l’organisme à titre d’agent principal de PAO lors des événements internationaux de PAO que tient l'Alliance biblique universelle. George et sa famille habitent à Brampton, en Ontario.