Voyage au Rwanda : jour 6

La dernière journée

Notre compte rendu de la dernière journée commence la veille. Nous étions les invités de la Société biblique du Rwanda, dont les gens nous ont amenés au restaurant en vue d’un excellent repas et d’une soirée de culture rwandaise. C’était intéressant de faire la queue au buffet, sans savoir ce que je m’apprêtais à mettre dans mon assiette. Il vaut parfois mieux ne pas savoir !

Après le repas, un groupe de danseurs et de danseuses extrêmement énergiques nous ont divertis, accompagnés d’un batteur qui a probablement perdu quelques kilos durant son numéro ! À la fin, les danseurs et danseuses nous ont tous amenés sur la scène, danser avec eux. Je suis un mennonite âgé et très blanc, sans aucun sens du rythme !

Le jeudi matin, nous avons fait une brève excursion jusqu’au centre commémoratif du génocide, à Bugesera. Voyons d’abord un peu d’histoire.

Après que les Hutus eurent pris la maîtrise du gouvernement, en 1959, ils ont commencé à repousser les Tutsis vers le district de Bugesera, au sud de Kigali. Cette région couverte de broussailles était infestée de mouches tsé-tsé mortelles qui pouvaient transmettre la trypanosomiase africaine (maladie du sommeil). En un sens, c’était le début du génocide qui allait éclater au grand jour, en 1994.

En 1992, des Hutus ont commencé à tuer leurs voisins tutsis. Les Tutsis ont découvert qu’ils pouvaient fuir chez des églises et y trouver refuge. La situation a cependant changé, en 1994. Dix mille personnes s’étaient alors rendues chez une église catholique romaine de Bugesera. Dire qu’ils « sont entrés » serait simpliste. Certaines ont pu s’entasser dans l’immeuble, mais la plupart des gens se trouvaient dans la cour, s’y croyant en sécurité. Ils ont eu tout un choc quand la milice hutue a fait irruption sur le terrain et dans l’église pour se mettre à tuer.

Anita

Anita et sa sœur sont les seules survivantes de leur famille. Anita a pardonné à ceux qui ont tué sa famille.

Anita était une jeune fille qui avait fui dans les buissons, en compagnie de sa famille. Elle s’est rendue furtivement à l’église et a vu le charnier. Les membres de sa famille se sont fait tuer sur-le-champ. En tentant de s’échapper de nouveau vers les broussailles, Anita a été atteinte de trois balles, mais elle a réussi à survivre.

Avant la fin du génocide, les Hutus ont voulu dissimuler leur geste. Ils ont amené de grosses machines de terrassement à l’aide desquelles ils ont creusé une énorme fosse. Ils y ont poussé les corps et les ont recouverts de chaux avant de remblayer. Une énorme tombe anonyme !

Après que les Hutus eurent été forcés de quitter le pouvoir, on a décidé d’exhumer les corps contenus dans la fosse et de leur donner une sépulture appropriée. Cependant, quand on a dégagé les corps, on a constaté qu’à cause de la chaux, il ne restait plus de chair sur les squelettes. On a pris les vêtements, qu’on a placés sur les bancs, dans l’église. Ils s’y trouvent toujours aujourd’hui.

Nous avons marché dans le sanctuaire de cette église et nous avons vu les vêtements empilés sur les bancs. On nous a demandé de ne pas prendre de photos, par respect pour les victimes. (Les photos ci-jointes viennent de l’Internet ; elles n’ont pas été prises par notre groupe.) La nappe de l'autel était toujours entachée du sang de victimes. Les crânes et les fémurs de nombreuses victimes sont empilés dans une crypte souterraine.

Blood-stained Altar ClothUnderground Crypt

On nous a ramenés dans le sanctuaire où l’on nous a dit qu’on a assassiné les enfants en les lançant contre les murs de brique. Comment puis-je effacer ces images de ma mémoire ? Je ne le peux pas et je ne le devrais pas. Comme l’holocauste, c’est quelque chose que nous ne devons jamais oublier.

Anita est maintenant une jeune femme et elle est guide, au centre commémoratif du génocide. Nous lui avons demandé si elle a pardonné aux gens qui ont assassiné les membres de sa famille et qui ont tenté de la tuer, elle aussi. Elle a immédiatement répondu : « Évidemment, je suis chrétienne ! »

J’ai du mal à pardonner à quelqu’un qui vient se placer devant moi quand je fais la queue. Pourtant, grâce à Elle est ma sœur, le miracle du pardon se poursuit, intact. Dieu est toujours à l’œuvre et je suis tellement heureux que nous, de la Société biblique canadienne, participions à ce miracle.

Author Photo: 

Len Bachiu

À propos de l'auteur : 

M. Len Bachiu est directeur de la promotion de l'œuvre biblique, au Manitoba et en Saskatchewan. Il aime écrire et faire part de ses expériences sur son blogue intitulé Keeping the Son in My Eyes (keepingthesoninmyeyes.wordpress.com).