Lancement d’une nouvelle traduction en cri, à Saskatoon

Lancement d’une nouvelle traduction en cri, à Saskatoon

Mark in Cree

Saskatoon (Saskatchewan) — Des représentants de plusieurs Premières Nations et de la Société biblique canadienne (SBC) se sont joints au public et à des dignitaires au Queen’s House Retreat Centre, pour y fêter le lancement du nouvel évangile de Marc en cri des plaines. Cet événement marquant constituait un pas encourageant dans un travail qui dure depuis plusieurs décennies et qui reflète l’engagement de la Société biblique à rendre les Saintes Écritures accessibles à tous, dans la langue de leur cœur.

Étant donné le lien profond qui existe entre la culture, l’identité et la langue d’un peuple, le travail de la Société biblique a souvent un impact beaucoup plus grand que celui de simplement rendre les Saintes Écritures disponibles. Le travail accompli par les traducteurs et les linguistes bibliques favorise aussi, inévitablement, l’alphabétisation et la préservation d’éléments culturels importants.

Dans son allocution, M. Hart Wiens, le directeur de la traduction biblique chez la Société biblique canadienne, a cité Adrian Jacobs, un Cayuga membre de la Confédération iroquoise des Six-Nations, de la réserve des Six Nations, dans le sud de l’Ontario. « L’Église nous a enlevé notre langue, et c’est à elle de nous aider à la retrouver. » Au dire de M. Wiens, la traduction biblique facilite cela.

On croit que la traduction originale en cri de l’Ouest de William Mason, laquelle a paru en 1862 et avait été commanditée par la Société biblique britannique et étrangère, est la plus ancienne Bible complète à avoir été publiée à l’intention d’une Première Nation du Canada. Cette traduction a eu un profond impact spirituel sur les Cris, ainsi que sur les Oji-cris et les Ojibwés voisins. On dit qu’à cette époque, les Cris lisaient et écrivaient mieux que les colons européens qui les entouraient et que cette première Bible a contribué à les alphabétiser dans leur propre langue.

À mesure que les membres des Premières Nations s’instruisaient de plus en plus en anglais, l’usage de l’écriture syllabique crie originale a diminué et la langue elle-même a commencé à changer, de sorte que la première Bible que William Mason avait traduite en écriture syllabique crie, conçue par James Evans, est devenue moins compréhensible. Durant les dernières décennies du 20e siècle, la Société biblique canadienne, en collaboration avec la Nation crie, l’Église et d’autres partenaires (dont la Société internationale de linguistique) a entrepris la production d’une nouvelle Bible crie qui rendrait la Parole de Dieu accessible à un peu plus de 30 000 personnes parlant ce dialecte, en grande partie concentrées en Saskatchewan.

Le révérend Stan Cuthand est un ancien de la nation crie, un pasteur anglican et un expert reconnu de sa langue ; il s’est chargé de cette initiative, travaillant en étroite collaboration avec plusieurs personnes parlant le cri et jouissant du soutien offert par Ruth Heeg, une experte-conseil de la SBC. Cette nouvelle traduction a progressé lentement à cause, en partie, du manque de ressources appropriées quant au processus d’assurance de la qualité. Des portions distinctes sont publiées à mesure qu’elles sont prêtes, ce qui permet alors de présenter cette nouvelle traduction à la collectivité et de sensibiliser les gens à ce travail. Le récit de Pâques, tiré de l’Évangile de Luc, a été publié selon l’alphabet romain (des lettres semblables à celles utilisées en français), accompagné d’un CD. Le récit de Ruth, dans l’Ancien Testament, a été publié en format bi-alphabet comprenant tant l’écriture syllabique crie que l’orthographe romaine, sur des pages face-à-face. Le CD transforme cette édition en outil d’alphabétisation.

Cree Bible openedLe nouvel Évangile de Marc est également en format bi-alphabet, accompagné d’un CD. Diane Boyko, la présidente du conseil scolaire catholique du grand Saskatoon, s’est réjouie de cette nouvelle traduction, en faisant remarquer qu’elle constituerait un atout précieux pour les enseignants des écoles entièrement bilingues du conseil, où des enfants de la maternelle jusqu’à la 3e année apprennent tant le cri que l’anglais.

Dolores Sand, une conseillère de la nation crie du lac Muskeg qui a prêté sa voix au CD, agissait comme maîtresse de cérémonie. Chanteuse et compositrice accomplie, Mme Sand s’est jointe à Meg Billingsley, qui fait partie de l'Association Wycliffe pour la traduction de la Bible, dans une interprétation bilingue harmonisée et intéressante du cantique anglais Amazing Grace, que beaucoup ont senti être une métaphore appropriée de cette initiative.

Le Père Ron Beechinor, vicaire général du diocèse catholique romain de Saskatoon, a déclaré : « L’évangile de Marc débute par les mots “Commencement de la bonne nouvelle de Jésus-Christ, Fils de Dieu.” Les derniers mots de cet évangile sont ceux de la mission que Jésus a confiée à tous ses disciples de proclamer cette bonne nouvelle aux nations. Si nous devons la proclamer, et bien le faire, alors ce doit être dans la langue des gens. Pas seulement une langue que les gens comprennent, mais la langue qui leur appartient. Je pense que c’est un merveilleux cadeau que la Société biblique canadienne et les Cris des plaines font à l’Église du monde : leur offrir un évangile qui parle si clairement au cœur des gens ayant pour langue le cri des plaines. Merci, merci, merci ! »

Le conférencier d'honneur, lors de cet événement, était le révérend Stan Cuthand, qui fait partie de la réserve Little Pine, dans le district de Battleford, et qui a décroché le Prix d'excellence national de 2009 pour l'ensemble de ses réalisations, sur le plan autochtone. Il a terminé la première ébauche de la nouvelle traduction, mais la révision de chaque livre par la collectivité suppose un processus soutenu et minutieux qui devrait prendre plusieurs années.

On peut se procurer des exemplaires du nouvel évangile chez la librairie en ligne de la SBC. Faites un don dès aujourd’hui pour aider à terminer la traduction de la Bible en cri et favoriser d’autres initiatives de traduction à l’intention des Premières Nations.